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Les nouveautés du mois

Acoria, une maison d'édition
sous le signe de la Rencontre

Entretien avec Caya Makhélé

Acoria... un nom aux sonorités séduisantes car inhabituelles à nos oreilles. Acoria, cela veut dire "rencontre".

Une "rencontre" avec Caya Makhélé est un moment privilégié avec un homme chaleureux, érudit, sensible, talentueux. Au cours de l'entretien, même quand il évoque son départ précipité du Congo après ce qu'il appelle pudiquement un interrogatoire poussé, il ne perd pas son sens de l'humour. Les rires fusent, même si, parfois, ils masquent mal l'émotion.

Auteur de romans, pièces de théâtre et oeuvres pour l'enfance, il a créé il y a un an sa propre maison d'édition. Pourquoi une nouvelle maison d'édition ? Pour "aider à faire reconnaître des auteurs ayant une démarche particulière, mais aussi une vision renouvelée de leur environnement, mettre en valeur la multiplicité des visions créatrices et esthétiques des cultures considérées comme différentes..."

Un projet ambitieux mais porté avec chaleur, générosité et persévérance par Caya Makhélé.

Caya Makhélé au Salon du Livre de Paris en mars 2000 devant la belle affiche des éditions Acoria...

Caya, peux-tu nous présenter ton parcours d'écrivain ?

Je suis venu à l'écriture par la poésie grâce à une rencontre avec un poète qui reste pour moi une sorte de guide littéraire, Paul Eluard. J'étais en 6ème et ce fut un déclic. Et puis ensuite, j'ai rencontré une femme qui était mon professeur de mathématiques et qui m'a fait découvrir des poètes africains et antillais, comme Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire. Par la suite, elle m'a fait découvrir des poètes congolais. Cela m'a rassuré : je pouvais devenir poète puisqu'il y avait des poètes africains et antillais (rires).

Puis, un autre déclic : c'est le théâtre qui arrive avec l'enseignement. Pour gagner ma croûte et comme je suis porteur d'idées révolutionnaires, je m'engage comme enseignant volontaire. Je donne des cours d'histoire et de français. On m'impose l'histoire du colonialisme à enseigner. Et moi, je mets en scène, comme les gamins ne s'y intéressaient vraiment pas, les principaux personnages de cette histoire : Lénine, Marx, les autres. Je joue théâtralement les cours d'histoire. Cela n'a pas plu, bien évidemment (rires). On m'a jeté. Mais entretemps, j'avais découvert les joies de l'écriture théâtrale.


Le Diseur de vérité appartient à la collection Scènes sur Scènes dirigée par Sylvie Chalaye
Le théâtre, une passion toujours vivante dans la vie de Caya...

Ce sont les deux déclics qui m'ont dirigé vers l'écriture. Maintenant je passe de la poésie au théâtre, du théâtre au roman et ainsi de suite.

As-tu rencontré des problèmes de langue ?

Ma mère ne parlait quasiment pas un mot de français. Mon père a commencé à parler français quand il est revenu de la guerre. Il s'était engagé volontairement dans l'armée française : il a été en Indochine. Quand il est revenu, il parlait le français des soudards ! (rires) C'est vrai que j'ai grandi en apprenant le français : je ne parle pas la langue de mes parents. Je les comprends.

C'est peut-être pour ça que je fais un retour à la langue maternelle quand j'écris : j'écris en français, je traduis dans la langue maternelle, puis je retraduis en français. C'est une écriture multiculturelle.

Est-ce pour cela qu'il y a un rythme dans ta phrase qui n'est pas le rythme rigide du français ?

Il y a cela sans doute. Mais aussi le fait que j'écris toujours en écoutant de la musique. J'ai besoin d'être interpelé par d'autres voix, d'autres sonorités, par d'autres mots pour fixer ma propre voix, mon propre rythme, mes propres mots. Et c'est vrai que l'influence de ma langue maternelle est très, très forte dans ce que j'appelle la traduction du français de mon texte.

D'écrivain, comment devient-on éditeur ?

Cela a été un long processus de maturation. Quand j'étais au Congo, j'étais correspondant de Libération mais je ne signais pas de mon nom parce que c'était une période très trouble et très difficile pour ceux qui n'étaient pas affiliés au Parti unique. Quand je suis parti du Congo très précipitamment après un interrogatoire très poussé, j'ai été aidé par l'ambassade de France et des amis de Libération.

Quand je suis arrivé, j'ai commencé à écrire : au Matin de Paris qui existait encore, puis j'ai travaillé aux éditions Autrement qui m'ont aidé. Je suis entré dans l'édition et j'ai tenté de lancer une collection sur l'Afrique avec des amis. La collection n'a pas tenu et je suis parti.

J'ai lancé ma revue, Equateur. Des amis écrivains m'ont demandé alors pourquoi je ne montais pas une maison d'édition puisque je connaissais le milieu et tous les auteurs. J'ai claqué des doigts et c'est parti (rires). Cela explique que, dans mon catalogue, il y ait des auteurs connus et reconnus.

Quand on te présente un manuscrit, tu le lis en tant qu'auteur, qu'écrivain ou en tant qu'éditeur ?

Je le lis d'abord en tant que lecteur. J'ai besoin d'un recul de lecteur. Ensuite je le relis en tant qu'éditeur pour voir comment il fonctionne, comment il est écrit et s'il y a des choses à revoir. A ce stade, je prends contact avec l'auteur.

Je m'entoure aussi de personnes qui sont souvent jeunes, qui sont à l'université, qui aiment écrire. Je leur fais confiance. Leurs points de vue se touchent, se rencontrent. L'éditeur que je suis refuse aussi des titres d'amis.

Mais l'approche est très conviviale. On fait le livre quasiment avec l'auteur dans plusieurs rencontres toujours autour de l'idée de la fête. On discute, on revoit les titres, on parle de l'illustration de couverture, de la quatrième de couverture. L'approche se fait avec l'auteur.

Cette approche avec les auteurs nous permet de faire en sorte que chaque livre devienne un événement. On essaie de faire en sorte que chaque livre ait une vie en tant qu'objet culturel, et donc suscite des ramifications : un roman peut interpeller le théâtre, le théâtre peut interpeller la poésie. Il y a aussi un événement autour du livre.

Est-ce que tu pourrais présenter un peu les titres de tes collections ?

J'ai commencé par le théâtre avec la collection Scènes sur scènes dirigée par Sylvie Chalaye, qui est maître de conférences à Rennes-II. Le théâtre est à la base de la maison d'édition. Il faut beaucoup de courage pour éditer du théâtre (rires).


Il y a une ouverture sur la fiction, Fictivores : c'est une collection qui débute car l'exigence est très forte.

L'Avenue des Sables de Moussa Yoro Bathily a reçu le Prix Unesco-ACCT-Aschberg 1998.

Moussa Yoro Bathily est journaliste et cinéaste, auteur de Tuyabu Biru ou la Circoncision, devenu un classique du cinéma africain.

La collection Jeunesse a été lancée au dernier Salon du Livre de Jeunesse avec cinq titres. C'est une collection au format de poche avec des auteurs contemporains.

Il y a également une collection de contes, Contes d'ici et d'ailleurs, pour permettre à des auteurs très traditionnels d'avoir un espace d'expression.

 

On s'ouvre aussi à d'autres domaines : le dernier livre est un livre documentaire sur l'artisanat du Burkina-Faso. Il permet d'aller à l'essentiel.

Autre collection : l'Arbre à Palabres publie des essais, comme celui d'Isabelle Starkier, Le Juif et l'Assassin.

 

Il y a enfin des collections à venir : une collection A coeur ouvert - non pas une collection de médecine (rires) - mais une collection qui donnera la parole aux auteurs pour dire leur vision du monde ou leur vision d'un sujet. Des textes courts, sur des sujets divers.

Il y a aussi une collection dédiée au monde universitaire pour des gens qui ont une vision du monde, pas pour des rats de bibliothèque (rires).

Notre entretien se termine sur un rire... Ce rire qui a jalonné notre rencontre et qui se retrouve lors d'un long déjeuner dans un (bon) restaurant. Caya Makhélé est l'homme de la fête : fête de la vie, fête de la littérature, fête de l'amitié... Merci à Caya pour sa joie de vivre et son optimisme...

Pour retrouver Caya du 6 au 30 juillet,
rendez-vous au Festival d'Avignon

Si vous êtes en Avignon du 6 au 30 juillet, retrouvez Caya Makhélé au café littéraire africain du Festival d'Avignon. C'est Caya qui organise et présente les auteurs africains de ce sympathique événement qui a lieu au Jardin des Carmes, rue des Infirmières, à Avignon.

Bon voyage... !

© Resmo et Evelyne Lejeune Resnick, 2000

Pour contacter Caya Makhélé et les éditions Acoria

12, rue du Quatre-Septembre, 75002 Paris
Tél. 01 40 20 46 65 - Fax. 01 40 20 46 63

email : acoria@fr.europost.org

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