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Quatre météores de la poésie
au Salon de Madame Aurel

par Laurent FRANCOIS

Un poème de Bunoust inédit depuis 1924...
REMORDS BLANC
Il neigeait - l'adorable chose ! -
En un si pur et doux semis
Que j'entr'ouvris ma porte close,
M'étant rhabillée à demi.
Pris de la neige à la pelouse
Et la serrai contre mon sein,
Mais ma chair ardente et jalouse
A cui mon candide larcin.
Lors, j'ai couru jusqu'à ma chambre,
Et j'ai déposé, tout fondant,
Un léger flocon de Décembre
Sur le lit où j'ai péché tant.
Ta place, hélas ! était brûlante,
Et bientôt il n'est plus resté
Qu'une grosse larme très lente
Qui pleurait ma virginité.

(extrait de Les Nonnes au Jardin)

 

Un texte d'Axieros

EPITAPHES ANTICIPEES
Quand mon sang se refroidira et que mes yeux se fermeront, ma dernière pensée s'envolera vers toi -- toi qui ne voulus pas répondre à mon amour.
Je ne maudirai pas l'archer au geste sûr qui fixa dans mon coeur ses flèches enflammées et qui omit -- volontairement le cruel -- de t'infliger une blessure réciproque.
Passant, ne me plains pas et dis-toi seulement qu'il vaut mieux aimer sans retour plutôt que de n'aimer jamais.
Lorque je descendrai, ombre blême et brumeuse, vers le séjour d'où nul mortel n'est revenu, je n'abreuverai pas mes lèvres au Léthé qui dispense à jamais le repos et l'oubli.
Je m'en irai plutôt vers le lac de Mémoire, limpide et clair parmi les stériles cyprès.
Là, je demanderai à boire de cette eau qui conserve aux ombres pâles le souvenir.
Et le souvenir de mon amour malheureux sera la douleur délicieuse de ma vie languissante au pays sans soleil.
(Extrait de Les Miettes du Banquet)

Un poème de R. Honnert

QUI VECUT PLUS SENSIBLE...
Qui vécut plus sensible à la beauté des êtres,
Plus vif à savourer, plus sûr à reconnaître
L'harmonie onduleuse et flexible d'un corps ?
--- Amants, si dans vos coeurs l'âpre désir s'endort,
Quand vos regards noyés suivront dans la pénombre
Les fantômes légers, fils de la volupté,
Quand vos bras engourdis se chercheront dans l'ombre
Et que vous rêverez heureux et abrités,
Songez parfois à moi qui serai sous la terre
Et ne connaîtrai plus le moment des baisers ;
Songez, vous dont battra le flanc mal apaisé,
A mon corps dans la nuit qui sera solitaire ;
Puis, ayant soupiré, serrez-vous sans tristesse ;
Emmêlez de nouveau la chaleur de vos doigts
Et songez en vivant votre ardente jeunesse
Que vous n'auriez pas eu meilleur ami que moi.

(Extrait de Les Désirs)

Un texte d'André de Nicolaï

FERVENTES, n° VI
Pour Aurel
Parmi l'indéchiffrable et lourde nonchalance
De ce ciel blanc comme une gorge de pigeon,
Les acacias bleus éclatants de bourgeons,
Immobiles, ont l'air d'écouter le silence.
De grands oiseaux mystérieux, sans se poser,
Boivent l'or des pistils et l'azur des corolles,
Et dans le cher murmure infini des paroles
Leur aile s'assouplit comme pour un baiser.
L'argent clair des graviers résonne sous les pas
Des grands dispensateurs de tendresse et de haine
Que sont les matelots dont la tristesse mène
La ronde des bonheurs que l'on ne connaît pas.
Car tout ce tourbillon lumineux et fantasque,
Ce rêve déchirant et sacré, ces couleurs,
Couvrent, tel un décor de pourpre et de douleur,
La splendeur d'un visage où l'amour se démasque.
(Extrait de Les Fêtes Douloureuses)

© Laurent François, 2000

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